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L’écriture manuscrite : l’expression d’une intimité

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L’école finlandaise supprimera en 2016 les leçons d’écriture manuscrite en les remplaçant par des leçons d’initiation au maniement du clavier. STABILO a constitué pour vous une revue de presse et d’études scientifiques. Parce que taper n’est pas écrire et que le stylo n’a pas dit son dernier mot.

Nombre de personnes n’utilisent plus beaucoup leur stylo… à part pour grifonner la liste de courses ou le petit message sur un bureau. Les gens écrivent sans doute plus qu’ils ne le pensent, mais une chose est sûre : les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de rédiger des textes avec une telle rapidité que, dans le monde du travail, elles supplantent peu à peu l’écriture manuscrite. Est-ce une nostalgie vieillote que de regretter que notre boîte aux lettres soit vide de cartes de voeux ? Parce qu’à la main, ce n’est pas pareil… non ?

Le clavier, un outil très normatif
Le stylo et le clavier utilisent des supports d’écriture très différents. “Le traitement de texte est un outil normatif et standardisé, constate Claire Bustarret, spécialiste des manuscrits reliés en codex au Centre Maurice- Halbwachs (CNRS). On peut bien sûr modifier le format de la page, choisir la police de caractères et la taille des lettres, mais il est impossible d’inventer une forme qui n’a pas été prévue par le programme informatique. Le papier autorise une plus grande liberté graphique : on peut écrire à l’endroit ou à l’envers, respecter ou non les marges, superposer ou déformer les tracés, rien n’oblige à suivre un programme préalable. C’est aussi un support à trois dimensions que l’on peut s’approprier en le pliant, en le découpant, en l’agrafant ou en le collant, comme le faisait Marcel Proust.” Une fois le texte terminé, l’écran et le papier ne restituent pas de la même manière les différentes étapes du travail d’écriture. “Lorsque l’on rédige sur un écran, avec un clavier, on peut certes modifier en permanence son texte, mais ces changements ne laissent aucune trace, poursuit Claire Bustarret. L’histoire du document est inscrite quelque part, sur un programme, dans la machine, mais elle n’est pas accessible au rédacteur : les brouillons sont invisibles. Avec un stylo et un papier, rien n’est effacé : on conserve les traces matérielles de son travail. Les ratures, les corrections, les griffonnages et les collages sont la mémoire physique, à la fois visuelle et tactile, des différents moments qui ont rythmé l’écriture.“
En France, le maintien de l’apprentissage du cursif à l’école semble acquis. Mais ceci ne suffit pas à rassurer les partisans de l’écriture manuscrite, qui regrettent déjà la puissance expressive des pleins et des déliés. « Dans les boucles du A majuscule orné, on ne se contente pas d’écrire une lettre : on dessine, on apprend l’harmonie, l’équilibre, les rondeurs, estime le psychiatre Roland Jouvent. Il y a une danse de l’écriture, une mélodie du message, qui ajoute de l’émotion dans les textes. C’est d’ailleurs pour retrouver cette poésie que l’on a inventé, dans les SMS, les émoticones, ces petits signes graphiques qui nous indiquent un sourire ou une déception.”

Unknown

L’écriture manuscrite : l’expression d’une personnalité et d’une intimité
L’écriture, de fait, a toujours été considérée comme un signe d’expression de la personnalité : dans ses livres , l’historien Philippe Artières a exploré la manière dont les médecins et les policiers, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, décryptaient, dans le dessin des lettres, les signes de déviance des fous ou des délinquants. “Avec l’écriture manuscrite, on se rapproche de l’intimité de celui qui a tracé les mots », poursuit Roland Jouvent. C’est pour cela qu’on est plus ému par un manuscrit de Verlaine que par le même poème, en caractères d’imprimerie, dans un livre. Chaque écriture est différente, elle a une gestuelle émotionnelle, un charme qui lui est propre.

Source le Monde Culture et Idées, 2014